vendredi 6 avril 2012

"Comme neige", mon premier polar nordique

Quand les presses universitaires de Caen m'ont contactée pour me faire découvrir en avant-première une de leurs dernières éditions, la traduction du  polar nordique Comme neige, du norvégien Jon Michelet (en vente dès aujourd'hui), j'ai sauté sur l'occasion.
Après Laura Kasischke, le grand écart littéraire !

Comme neige, de Jon Michelet
Presses universitaire de Caen
Collection Fabulæ - série Nordique
sortie en France le 6 avril 2012

Tout d'abord, parce que c'est la première fois que l'on me propose une collaboration littéraire dans le cadre de mon blog et que j'en ai été très honorée. Cela ne vous aura sans doute pas échappé que je vous parle de plus en plus souvent de mes lectures, avec le plus grand des plaisirs.

Ensuite, je ne vous cache pas que j'ai été étonnée que des presses universitaires soient associées à des romans policiers. Naïvement, je pensais que ce genre d'éditeur se limitait à diffuser le résultat des recherches universitaires (souvenirs d'indigestions de pavés des PUF ou PUL, écrits par mes profs de fac...;-)). Erreur.
"Les Presses universitaires de Caen ont, depuis leur création, développé un fonds riche et original qui compte aujourd'hui plus d'une trentaine de titres, faisant ainsi de la littérature nordique, une de leurs spécificités."
NB : toutes les citations entre guillements de ce post proviennent du dossier de presse mis à disposition par les PUC.

Et pour finir, lire ce polar nordique était une grande première pour moi. Je ne suis pas du tout amatrice du genre (nordique et polar). J'ai bien lu quelques livres de Katarina Mazetti et Purge de Sofi Oksanen, mais je n'ai jamais été attirée par les policiers de Stieg LarssonCamilla Lackberg ou autres. Et pourtant, dieu sait que c'est à la mode en ce moment.
Je n'étais donc pas ce que l'on peut appeler un "public conquis d'avance".

En 2011, les PUC ont édité un premier roman de Jon Michelet, La Femme congelée, traduit pour la première fois en France, qui a reçu le Grand Prix norvégien de la littérature policière en 2001 (il est sorti en 2001 en Norvège).
Elles ont profité du 32ème Salon du livre qui s'est tenu à la Porte de Versailles du 16 au 19 mars dernier, pour présenter Comme neige, dans lequel on retrouve le même personnage principal,Thygesen, mais qui est antérieur à La Femme congelée ( il est sortie en 1980 en Norvège).
Notez que Comme neige a lui aussi été auréolé du Grand Prix norvégien de la littérature policière, en 1980.
Jon Michelet est le seul à avoir obtenu deux fois ce prix.


  • L'auteur

Jon Michelet, né en 1944, est le pionnier du polar norvégien.


Il se considère comme un auteur engagé et utilise le genre du roman policier "pour exprimer un point de vue sur une société en rapide évolution" (depuis le milieu des années 1970).
Il a d'abord été marin, docker puis s'est lancé dans le journalisme et l'édition, tout en sympathisant avec les idées maoïstes révolutionnaires de l'époque. De 1974 à 2002, il est tour-à-tour éditeur puis rédacteur en chef au sein d'un grand quotidien.
En Norvège, outre ses talents de romancier, Jon Michelet est connu pour ses livres sportifs (il est fan de football et à rédigé des reportages commentés des Championnats mondiaux de 1982 à 1998), quelques livres jeunesse, des essais et des pièces de théâtre. Il a également animé des émissions télévisées où l'on teste le savoir des candidats.

"Mais c'est surtout en tant que romancier qu'il a réussi sa vie d'écrivain". Il commence en 1975 sa carrière d'auteur de polars engagés. Il a publié pas moins de 18 romans depuis cette date. Thygesen est un personnage récurrent dans plusieurs de ses livres.


  • Le livre :

Dans Comme neige, Thygesen, la quarantaine, ex-flic et ex-avocat pas mal abîmé par la vie, retrouve au petit matin dans sa salle-de-bains le cadavre d'un de ses invités de la veille, vraisemblablement un dealer mort d'une overdose d'héroïne et de coups de talons aiguilles. Très sale position pour cet ex-flic tout juste sorti depuis quelques mois d'un séjour en prison.
L'action se déroule à Oslo, en 1980 et nous allons suivre le personnage principal dans ses tribulations, depuis son appartement, dans les rues de la ville, ses bistrots, jusqu'aux pas de tirs et pistes de ski enneigées de Brunkollen...

Pas dans une folle course poursuite, non, je ne l'ai pas ressenti ainsi. L'action est resserrée sur quelques jours et le texte est dense et très détaillé.
Nous ne sommes pas ici dans un roman à suspense mais plutôt dans un roman noir.
La poursuite entre Thygesen et l'assassin du cadavre, et inversement, est bien là, mais elle n'est pas effrénée. Elle nous emmène aux quatre coins d'Oslo et dans la nature enneigée environnante et ma foi, on s'y croirait vraiment ! Et plus que tout, elle nous emmène dans les pas de Thygesen, dans sa tête. En direct live de ses pensées, j'ai envie de dire.
J'en veux pour preuve les passages brusques de la narration à la troisième personne du singulier (narrateur extérieur) au "tu" de Thygesen qui s'apostrophe directement.
"Un style personnel assez burlesque, parfois fondé sur des argots et un langage parlé."

Tous les gestes sont détaillés, décrits précisément et, avec les mots qu'il faut, pour un rendu au plus juste.
J'ai rarement vu autant de réalisme, et même d'hyper réalisme, dans l'écriture et j'ai tout naturellement  dégusté chacune des pages de ce livre.
Les phrases sont très denses, de mots et de sens, nécessitant une réelle concentration sur sa lecture, sous peine, à certains moments, de ne pas tout saisir et de passer à côté de savoureuses images.
2 extraits du livre, ici, pour ceux qui veulent découvrir l'ambiance du livre
.
Avec quelques petits bémols - et oui, il fallait bien que j'en trouve - quand le réalisme l'est un peu trop. J'ai été de temps en temps perdue dans tous les noms norvégiens de lieux (rues, etc.) et avec la terminologie typiquement norvégienne, qui n'était pas tout le temps expliquée par une note. La lecture était donc un peu difficile par moment. Un plan de la ville aurait été le bienvenu, peut-être ?

Bémol également sur l'écriture un peu trop elliptique parfois, qui nécessite de bien relire certaines phrases, voire paragraphes pour bien comprendre l'idée exprimée.
Ah ça oui, il faut bien le suivre le père Michelet - si je puis me permettre - parfois !

En tous cas, chapeau au traducteur, Alex Fouillet, qui n'a pas eu à plancher sur du norvégien classique !


Et dernier bémol pour le résumé au dos de la couverture, qui en dit un peu trop à mon goût.
J'ai bien compris que le grand intérêt du livre n'était pas tant dans l'intrigue policière, assez traditionnelle finalement (course poursuite avec les complices du dealer), que dans le style inimitable de l'auteur qui ne peut lui difficilement transparaître dans un résumé, mais quand même ! Je sais bien que je m'insurge régulièrement contre les résumés "mensongers" mais trop en dévoiler n'est pas non plus l'idéal.

Sur l'objet livre en lui-même, j'ai apprécié la qualité du papier, l'esthétisme et le graphisme de la couverture.


Très bonne idée également d'avoir mis une biographie très détaillée de l'auteur.

Pour conclure, Comme neige est un livre que je n'aurais jamais lu de moi-même mais je ne regrette aucunement cette découverte, rien que pour le style original, savoureux et riche de l'auteur.
"Plusieurs de ses romans ont été portés à l'écran et traduits en une dizaine de langues. " Il était donc temps qu'une maison d'édition le publie en France.
Merci les PUC !
J'ai même envie de lire La femme congelée, c'est vous dire !
De là à la naissance d'une grande passion entre le polar et moi... qui sait ? ;-)
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